Bernard Landry de passage au cégep Montmorency
Bernard Landry

Au départ présents au Collège Montmorency le 25 novembre dernier pour une conférence sur l’importance d’appliquer la loi 101 aux cégeps, les auditeurs ont plutôt assisté à une causerie sur l’intégration des nouveaux arrivants en terre québécoise, et sur la nécessité de la souveraineté pour préserver l’identité et la culture de la nation Québécoise francophone.
La présentation d’Étienne Gougoux, porte-parole du Mouvement étudiant pour le français au cégep et président du conseil jeunesse de la Société Saint-Jean-Baptiste, appuyée par de nombreuses statistiques sur les comportements linguistiques des cégépiens fournies par l’Institut de recherche sue le français en Amérique (IRFA), a offert un sombre portrait de l’avenir du français au Québec. Depuis les années 80, le français comme langue maternelle a chuté de 10%, deux fois plus rapidement que l’anglais. Pour le français comme langue d’usage à la maison, on constate un recul 3,5 fois plus rapide que l’anglais. Et les perspectives à long terme ne semblent guère plus optimistes. Le démographe Marc Termot estimait, dans une étude remise en 2006 à l’Office québécois de la langue française, que seuls 43,3% de la population québécoise serait francophone en 2051, alors qu’en 2006 le pourcentage était de près de 54%.
D’où l’importance pour les allophones de fréquenter un cégep francophone. Alors que l’éducation francophone est obligatoire au primaire et au secondaire pour les francophones et allophones, le choix de la langue d’enseignement au cégep est à la discrétion de l’étudiant. Or, lorsque l’on observe les comportements linguistiques des cégépiens, on constate que le choix de la langue d’enseignement influencera plus tard la langue utilisée au travail, à la maison et en société.
« 72% des francophones qui vont au cégep en anglais utilisent l’anglais à la maison, soutient Étienne Gougoux. Souvent, les gens disent que les francophones qui fréquentent un cégep anglophone ne cessent pas d’utiliser le français, mais les données semblent démontrer le contraire. »
La parole à Landry
« J’étais avec René Lévesque et Camille Laurin lorsqu’on a élaboré la loi 101. Si on ne l’avait pas fait, les chiffres que vous venez de voir, qui sont assez alarmants, seraient catastrophiques, » a souligné Bernard Landry. L’ancien premier ministre et fervent souverainiste avoue que ses collègues et lui-même ont été naïfs de croire que les enfants fréquentant les écoles francophones se tourneraient naturellement vers une éducation supérieure en français. « Aujourd’hui, je suis parfaitement convaincu qu’il faut que la loi 101 s’applique aussi aux cégeps, » a-t-il ajouté.
M. Landry estime qu’une grande part du problème repose sur les épaules du gouvernement fédéral, qui nuit à l’intégration harmonieuse des nouveaux immigrants en terre québécoise. « On leur présente le Canada comme un pays multiculturel et bilingue. Les nouveaux arrivants croient à tort qu’ils seront prêts parce qu’ils parlent l’anglais, ce qui n’est pas le cas au Québec. Si les immigrants ne sont pas bien intégrés, ça devient suicidaire pour une nation. Cela conduit à la ghettoïsation. Les premières victimes de la non-intégration et du multiculturalisme sont les immigrants eux-mêmes. » Pour M. Landry, une intégration réussie débute bien entendu par la langue, mais aussi par l’apprentissage de la culture et de l’histoire, « savoir qui sont René Lévesque et Maurice Duplessi; reconnaître les chansons de Félix Leclerc et Gilles Vigneault. »
M. Landry ouvre grand les bras à l’immigration, pourvu que celle-ci soit faite de façon responsable. Et aux nouveaux arrivants qui ont encore à recevoir leur citoyenneté, il dit en terminant : « Lorsque vous serez citoyen, ne dites plus ‘’Je suis Camerounais, Haïtien’’ … Dites plutôt ‘’Je suis Camerounais d’origine québécoise’’ car vous serez alors des nôtres. »