Laval, ville moins ouverte qu’on pourrait le croire
Laval, ville moins ouverte
SI à Montréal, les prostituées de rues sont nombreuses et généralement facilement identifiables, la situation est toute autre à Laval. Alors que la prostitution montréalaise est à son plus fort en soirée, celle de Laval l’est à l’heure de pointe, alors que les automobilistes empruntent les grands boulevards en direction de Montréal ou pour revenir à la maison.
La prostitution de rue est concentrée autour des points de vente de stupéfiants, où les policiers lavallois interviennent régulièrement. « Les prostituées de rue de Laval travaillent habituellement près des crackhouses, et sont celles qui alimentent ces points de vente, étant souvent dépendantes du crack, » précise le lieutenant-détective Richard Brousseau, du secteur de la lutte au banditisme à la police de Laval. «  Moins qu’à un pimp, elles se rapportent plus à leur fournisseur de stupéfiants. »
Malgré les interventions répétées des enquêteurs, les fournisseurs de drogues sont rapides à se réimplanter. « Dès que l’on ferme un endroit, un autre ouvre sur une autre rue, mais dans le même secteur, » déplore M. Brousseau. « De même, on fait beaucoup d’arrestations de prostituées, qui se voient souvent donner comme conditions de ne plus se trouver à l’endroit où elles ont été ramassées. Mais dès qu’elles sont interdites à une place, elles vont une rue plus loin, toujours à proximité de leur fournisseur. On peut ramener la même fille plusieurs fois dans une même semaine. Même advenant une décriminalisation, ces personnes reviendraient devant les tribunaux en raison d’autres offenses, » ajoute-t-il, précisant que seule une dizaine de prostituées sont arrêtées de façon régulière. Toutefois, il est rare que des citoyens et des prostituées aient des altercations.
Quartiers chauds
Les secteurs les plus fréquentés des prostitués sont les zones limitrophes à Montréal, près des ponts. Outre les filles de rues lavalloises, des prostituées de Montréal traversent à Laval pour un temps, soit en raison d’une interdiction en vigueur à Montréal ou à cause d’un conflit avec leur réseau social.
Les services policiers priorisent surtout l’élimination des locaux de distributions de stupéfiants, et de répondre aux plaintes de citoyens embêtés par de la violence ou de la prostitution dans leur quartier.
« On travaille à enrayer cette problématique, et à éviter que la situation ne se détériore. Nous intervenons en priorité dans les endroits pour lesquels nous avons reçu des plaintes, beaucoup dans le sud de l’île, » explique M. Brousseau. Les secteurs résidentiels où la quiétude est affectée, les zones scolaires et les alentours des résidences de personnes âgées sont étroitement surveillés.
La prostitution en établissement, comme dans les bars de danseuses et salons de massages, étant plus discrète, les interventions y sont presque inexistantes. De même, les annonces explicites dans les journaux, les sites internet de rencontre et les agences d’escortes ne soulèvent que rarement l’attention des forces de l’ordre.
« Le sentiment de sécurité des citoyens est très important pour le service de police de Laval. On a surtout des plaintes quand c’est fait à la vue de tous, que ça dérange. Pour la prostitution à domicile, on a peu d’appels, peut-être parce que les gens ont peur d’être identifiés. Évidemment, si on n’a pas de plainte, on ne le sait pas et on ne peut intervenir. »
En 2009, les services policiers lavallois ont effectué 19 arrestations reliées à la prostitution de rue, quatre en lien avec une maison de débauche, et ils ont aussi appréhendé un proxénète qui recrutait des filles d’âge mineur. «  Par contre, la prostitution de mineures est rare à Laval. L’âge des prostituées est très varié, quelques une étant dans la jeune vingtaine, mais la majorité sont dans la trentaine, » précise le policier.
« Dans tous les cas, ce sont des personnes vulnérables, qui ont des manques, des besoins. La fille qui aime ça, je n’ai jamais vu. Il n’y a pas actuellement d’organisme pour venir en aide aux prostituées désirant s’en sortir à Laval, mais ce serait effectivement bon d’en développer, » termine le lieutenant-détective.