La prostitution ailleurs dans le monde
Par Geneviève April 27 / 10 / 2010
Le gouvernement canadien fait actuellement face au défi de réfléchir à la question de la réglementation de la prostitution au pays. Pour ce faire, il est à prévoir qu’il s’appuiera sur les résultats obtenus par les pays ayant mis en place divers systèmes de réglementation ou de contrôle de la prostitution. Bien que les données objectives sur les résultats des différentes approches n’abondent pas, certains modèles sont souvent cités en exemple.
L’exemple de la Suède
Jusqu’en 1999, la Suède n’avait aucune loi encadrant la prostitution. Le pays ne comptait que peu de prostituées, la femme y ayant un statut sensiblement égal à celui de l’homme, mais aussi possiblement grâce au système social avant-gardiste et généreux. Toutefois, la chute du mur de Berlin entraînant une hausse marquée du trafic des femmes depuis les pays de l’Est européen et la prostitution devenant plus présente au pays, le Parlement suédois est allé de l’avant avec la criminalisation du client et du proxénète, sans criminaliser la prostituée. Parallèlement à cette réforme, le Parlement suédois a procédé à la mise en place de programmes favorisant la réinsertion sociale des personnes prostituées.
Bien que les conséquences de cette modification au Code criminel ne commencent qu’à peine à être quantifiables, il apparaît que si le nombre de personnes prostituées n’a pas particulièrement changé, leurs méthodes de travail s’étant plutôt adaptées à la situation.
Pour éviter de voir leurs clients coincés par les forces de l’ordre, les prostituées auraient quitté les grands centres pour se diriger vers les banlieues, où elles se sont réfugiées à l’abri des regards, ce qui aurait eu pour effet, selon l’organisme Sex Worker Education and Advocacy Taskforce (SWEAT) de les mettre en situation plus périlleuse. SWEAT avance que les travailleuses du sexe auraient été plus souvent victimes de violences de la part de leurs clients, certaines s’exilant même vers les pays voisins pour fuir les effets néfastes de la réforme.
Bien que cette initiative ait pu apporter quelques aspects négatifs, il est largement reconnu qu’elle a eu pour conséquence directe d’envoyer aux citoyens suédois le message que la marchandisation et l’exploitation du corps d’autrui était inacceptable, et a contribué à la valorisation de la femme dans la société en général.
L’exemple du Bangladesh
Dans ce pays majoritairement musulman, la prostitution est légale pour les personnes majeures. On peut d’ailleurs, depuis août 2010, inscrire « travailleuse du sexe » comme profession sur sa carte électorale. Les hommes n’ont toutefois pas cette option, la prostitution masculine y étant illégale.
Les estimations des organisations humanitaires portent à 20 000 le nombre de prostituées au pays. Ce nombre ne compte que les personnes majeures et consentantes, la prostitution juvénile et le trafic humain étant un fléau au Bangladesh. En 2004, l’UNICEF estimait à plus de 10 000 le nombre de fillettes soumises à l’exploitation sexuelle commerciale. Certains organismes avancent de leur côté que la réalité porte leur nombre à près de 30 000. Bien que la prostitution juvénile soit illégale, les poursuites contre les clients s’étant procuré les services sexuels d’un enfant sont rares. Le tourisme sexuel y est en conséquence florissant.
Bien que les lois stipulant que les violences faites aux femmes et les viols soient illégaux et s’appliquent aux prostituées, ces dernières font souvent face à la discrimination, les autorités alléguant qu’elles sont ‘’habituées’’ à de tels traitements. Les autorités policières, censées protéger et promouvoir leur sécurité, sont au contraire les premières à les violenter et à les harceler.
Étant donné les conditions de vie précaires qui prévalent pour les prostituées, le virus du VIH se répand à une vitesse alarmante, et les fillettes nées dans les quartiers ‘’red-light’’ enregistrés sont vite enrôlées dans la profession de leur mère.
L’exemple du Nevada
Le Nevada est le seul état américain à avoir légalisé la prostitution, et ce, seulement dans certains contés, et sous de nombreuses restrictions. La prostitution n’y est légale qu’à l’intérieur de bordels enregistrés, qui sont situés en zone rurale (moins de 400 000 habitants). Clark County (où se trouve Las Vegas), Washoe County (où l’on trouve Reno), Carson City, Douglas County et Lincoln County ne faisant pas partie des contés visés par la légalisation, 90% des habitants de l’état habitent un conté où la prostitution est illégale. Le Nevada comptait 28 bordels en fonction en 2008.
Depuis 2007, la publicité pour les bordels a été légalisée, mais cette décision a été infirmée en mars de cette année. Toutefois, l’American Civil Liberties Union (ACLU) compte en appeler de la décision. Les prostituées et tenanciers sont soumis à l’impôt sur le revenu fédéral ainsi qu’aux taxes municipales.
Les prostituées doivent être âgées d’au moins 18 ans, 21 ans dans certains contés. Les examens gynécologiques sont obligatoires hebdomadairement, ainsi que le port du condom lors des fellations et des relations sexuelles complètes. Le propriétaire du bordel est responsable si un de ses clients est infecté par une prostituée qui aurait été testée positive au virus du VIH.
Lors d’une visite, le client est appelé à choisir une prostituée parmi celles disponibles. Les négociations tarifaires se font dans la chambre de cette dernière, en présence de la direction, qui recevra généralement la moitié du montant déterminé. Si le client est arrivé en taxi, le chauffeur recevra aussi une part du butin, prise sur la part de la fille de joie. Les prostituées sont toutefois considérées comme travailleuses autonomes, et donc ne sont pas éligibles à l’assurance-chômage ou au régime de pension.
Bien qu’une loi les protège contre de telles pratiques, les prostituées se voient interdire par leur employeur de fréquenter les bars et casinos du secteur dans leurs temps libres, de même que de côtoyer des hommes du coin, de telles pratiques étant supposément mauvaises pour les affaires. De fait, les prostituées doivent demeurer confinées à l’intérieur du bordel pour toute leur période de travail, qui varie de quelques jours à plusieurs semaines selon l’établissement. De très nombreux cas d’abus ont été rapportés par les travailleuses, qui souvent n’ont pas droit de regard sur les clients, et doivent se soumettre aux actes désignés par le tenancier. Même s’il ne s’agit pas d’une pratique répandue, il arrive régulièrement que des jeunes filles mineures soient trafiquées d’un autre état vers le Nevada et mises au travail dans les maisons closes.








