Choix peu judicieux de financement scolaire
La Commission scolaire de Laval présente ses excuses aux parents

Afin de financer les activités pédagogiques et les fêtes organisées en milieu scolaire, l’école Sainte-Dorothée a fait appel aux services de la compagnie Humeur, qui propose diverses campagnes permettant aux écoles et organismes de recueillir des fonds.
Les parents d’élèves fréquentant cette institution n’ont toutefois pas apprécié le caractère agressif de la campagne, qui leur a été imposée sans consultation. Ils se sont retrouvés devant les faits accomplis, lorsque leur enfant, portant un large sac contenant cafés, chocolats chauds et thés, leur a annoncé qu’il devait vendre ces denrées pour l’école. Le mode de distribution a laissé les parents perplexes, puisque les produits, présentés dans un sac à poignées sans fermeture, ont été laissés sous la responsabilité des enfants, qu’ils marchent, prennent l’autobus ou se rendent au service de garde. Selon les dires de certains, plusieurs ensembles seraient arrivés incomplets à destination.
« J’aurais aimé être informée au préalable, et pouvoir choisir de participer ou non », explique Christine Wahba, mère d’un garçonnet fréquentant la maternelle à cet établissement. Comme d’autres parents, elle aurait préféré que la méthode choisie diffère. « Les enfants de cinq ans ont été avisés avant nous, et sont arrivés tout contents avec leurs produits, sans vraiment comprendre de quoi il en retournait. Ça m’a brisé le cœur de voir la déception dans le visage de mon fils quand je lui ai dit ne pas avoir l’intention de participer à la vente », ajoute-t-elle, précisant ne pas être en faveur de la sollicitation et avoir préféré s’acquitter des frais de 45$ requis par l’école pour être exempté de la campagne, somme pour laquelle elle n’a obtenu aucun reçu d’impôt pour don de bienfaisance. Selon la CSDL, entre 20 et 25% des ensembles ont été retournés au secrétariat de l’école Sainte-Dorothée. Il a été impossible d’obtenir le nombre de parents qui ont payé la contribution demandée pour bénéficier de l’exemption.
Communication nébuleuse
Le document explicatif accompagnant la trousse laissait entendre que ceux qui ne désiraient pas vendre les produits devaient remettre à l’école un montant équivalent au montant qui aurait été obtenu par la vente des items. Les termes choisis ne laissaient aucunement présumer qu’il s’agissait en fait d’un don volontaire. « Si vous ne participez pas à la vente de produits, vous devrez rapporter votre mallette dès demain matin [27 octobre] à l’école avec votre contribution » pouvait-on lire sur le formulaire de retour des produits.
À la Commission scolaire de Laval (CSDL), le message n’était nullement ambigu. « Il n’y a aucune obligation des parents. Une campagne de financement obligatoire, ça n’existe pas », a d’entrée de jeu soutenu Jean-Pierre Archambault, secrétaire général et responsable des communications, mis au courant de la nature de cette campagne lors de notre appel. « Je ne suis pas d’accord avec la formulation de la documentation. C’est inacceptable, et je peux comprendre que les parents aient pu sentir une obligation, mais ce n’est pas le cas. Les gens peuvent rapporter leurs sacs, sans problème. De plus, les parents qui auraient déboursé la contribution en s’y sentant obligés peuvent s’adresser au secrétariat de l’école afin d’obtenir remboursement. La gestion de ce dossier a été mal pensée, et la communication reliée à cette campagne aurait eu intérêt à être plus précise. Nous sommes désolés si cela a eu un impact négatif auprès des parents. » Une lettre aux parents devrait d’ailleurs être envoyée afin de préciser la nature volontaire de la campagne, et tenter de rectifier le tir.
Pratique répandue
Chatale Longpré, présidente de la Fédération québécoise des directions d’établissements d’enseignement (FQDE), n’est nullement surprise de ce genre de pratique. Bien que la décision d’un établissement d’instaurer à une campagne de financement afin d’offrir aux élèves des activités plus enrichissantes soit louable, elle déplore la façon dont ces campagnes sont quelquefois présentées.
« Il n’y a pas de règle fixe quant au choix d’une campagne, sauf celle qui dicte qu’aucun parent n’a l’obligation d’y participer, insiste-t-elle. Toutefois, il y a une forme insidieuse d’obligation quand l’enfant arrive avec enthousiasme, et l’idée d’obtenir un cadeau s’il vend ses produits. Souvent, les gens veulent bien faire et mousser les ventes, et mettent de la pression sur les élèves. C’est le Conseil d’établissement qui en fin de compte détermine la méthode incitative. Mais je tiens à le répéter, aucune campagne de financement n’est obligatoire.»
Bien que l’objectif des campagnes de financement soit honorable, plusieurs parents se questionnent sur leur existence même. « Qu’est-ce qui est arrivé pour que notre école ait besoin de solliciter nos enfants? Est-ce qu’un bambin de cinq ans a vraiment besoin de notions de marketing?» se questionne Christiane Wahba. « Je ne peux pas blâmer les écoles de chercher des fonds, mais quelle est la source du déficit? Je paie des taxes scolaires, et j’obtiens un service nettement déficient. Je serais portée à blâmer les commissions scolaires, mais j’aimerais simplement savoir pourquoi il en est ainsi… »
Faire équipe avec l’école
Tant à la CSDL qu’à la FQDE, on soutient que les parents qui sont insatisfaits ou se sentent lésés par une campagne de financement ont tout intérêt à s’adresser à la direction de l’établissement ou au Conseil d’établissement pour leur faire part de leur mécontentement.
« J’invite les parents à aller s’asseoir avec l’équipe-école, et discuter avec eux lorsque des problèmes du genre surviennent », termine M. Archambault.