Le budget « Peter Pan » canadien

Par Mark Milke

Si vous désirez savoir ce que les gouvernements tentent désespérément de cacher, mieux vaut sauter les discours et les introductions qui se trouvent dans les premières pages des documents budgétaires. Au lieu de cela, creusez jusqu’à ce que vous trouviez des chiffres qui « parlent », ceux que l’on claironnait au cours des années passées. En voici un bon exemple : la dette fédérale canadienne après cinq années de déficit :
En analysant le budget de 2007, vous pourrez découvrir la dette totale à la page 32. Cette année, il faudra vous rendre à la page 175 pour trouver cette même dette, dans un tableau où apparaît pour la première fois le chiffre de « $622 milliards $ ». Ce montant de 622 milliards $ est une projection pour 2015, qui correspond à 165 milliards $ (36 %) de plus que le montant de 457 milliards $ de 2008, et ce, après plus d’une décennie de paiement de la dette.
Les explications fournies pour justifier ces excès sont nombreuses et plutôt faibles. Le budget fédéral met en évidence le fait qu’Ottawa n’a aucun plan crédible pour lutter contre le déficit. Parmi les principales justifications :
1) « Une partie du déficit de 54 millions $ de l’année courante peut s’expliquer par l’arrivée subite d’une sévère récession ». Mais cela est loin d’expliquer le déficit. La plupart des chiffres qui sont « dans le rouge » sont le résultat de choix conscients : par exemple le montant de 15.3 milliards $ qui a été utilisé pour sortir General Motors et Chrysler de leurs difficultés, le soutien continu aux entreprises, les fonds cachés destinés au soutien régional, l’accroissement des transferts aux provinces pour combler le non-paiement de bénéfices, et ce, en dépit des conséquences sur les générations futures. 2) I « Pour sauver et stimuler l’économie, il faut engager des dépenses », nous dit-on… Réveillez-vous ! Les fonds pour stimuler l’économie n’ont été approuvés qu’à la fin de janvier, environ cinq mois avant la fin de la récession au 30 juin.
Déclarer que les dépenses du gouvernement ont permis de mettre fin à la récession (même si la récession était déjà terminée avant que les chèques distribués par le gouvernement pour stimuler l’économie n’aient été encaissés et avant les premières pelletées de terre) ou s’inquiéter qu’une baisse des dépenses annuelles de 10 $, 20 $, ou 40 $ milliards par Ottawa, fasse retomber une économie de 1.2 $ milliards en récession c’est vivre dans un univers où les intentions du secteur public ont plus d’impacts sur l’économie que les investissements et dépenses du secteur privé. Ce sont ces dernières qui ont sauvé le Canada de la récession et non pas les chèques de dernière minute visant à stimuler l’économie.
3) « L’accroissement de la dette et les dépenses pour stimuler l’économie sont le prix de consolation de ceux qui sont affectés par la récession ». Mais l’argent de l’assurance chômage aurait de toute manière été payé et l’assurance-emploi n’a aucun rapport avec les dépenses pour stimuler l’économie.
La stratégie stimulus/déficits a été faite aux dépens de la croissance future. Par exemple, le programme de financement des rénovations résidentielles au cours de la dernière année aura un impact sur notre capacité à acheter des marteaux, des clous et à faire des travaux dans le futur...
L’augmentation de la dette réduit également les choix futurs, dans la mesure où l’argent des taxes ne sera pas disponible pour être utilisé individuellement ou collectivement. Les programmes sociaux des prochaines années vont diminuer à cause des dépenses excessives d’aujourd’hui. Ceux qui mettent en doute cette affirmation devraient jeter un coup d’œil aux charges liées à la dette publique — 30 milliards $ cette année, 40 $ milliards en 2015 – et se demander ce que ces montants pourraient représenter pour les programmes sociaux ou encore en tant qu’incitatifs économiques, s’ils étaient soustraits des impôts des individus et des entreprises.
Les mesures de stimulation de l’économie du gouvernement ont eu très peu à voir avec la fin de la récession; c’est plutôt les taux d’intérêt s’approchant de zéro qui y ont contribué. Des dépenses supplémentaires pour stimuler l’économie, ne préviendront pas une autre récession, si la faiblesse de l’économie mondiale et la situation en Grèce, au Japon ou en Californie nous ramène tous en arrière.
Le budget ne présente aucun plan digne de ce nom, pour ramener l’équilibre budgétaire. Le ministre des Finances, Jim Flaherty a déclaré qu’il pourra économiser un montant microscopique de 17.5 $ milliards sur cinq ans, ce qui représente 1.4 % du 1.2 trillion $ dépensé dans les programmes sur une période de cinq ans. La plupart des familles pourraient réduire les dépenses de 10 à 20 % dans leur budget s’il le fallait, mais les conservateurs du gouvernement fédéral sont incapables de faire de même.
L’examen du budget de 424 pages ne révèle aucune coupure substantielle des dépenses, aucune réforme des acquis du secteur public, des salaires et des pensions pour les ramener au niveau de ce qui existe dans le secteur privé. C’est plutôt le contraire : « Le régime de pensions et les autres avantages ne sont pas soumis au gel des dépenses d’opérations », peut-on lire à la page 183 du budget.
Il est difficile de savoir quoi penser de ce budget. Malgré ses 424 pages, le budget apparaît comme l’un des moins sérieux et des plus fragiles de l’histoire récente. C’est un budget « Peter Pan », rempli de vœux pieux. Il s’appuie sur une prévision selon laquelle l’économie mondiale va se redresser, au lieu de mettre la main à la pâte pour remettre de l’ordre dans les finances de la maison.
J’apprends que Paul Martin agit à titre de consultant auprès de certains gouvernements européens. Le gouvernement conservateur serait avisé de retenir ses services.