Les lois de productivité

Par Gwyn Morgan

Le Gouverneur de la Banque du Canada, Mark Carney, a déclaré récemment que les entreprises canadiennes ont « déçu » en ne réussissant pas à tirer avantage de l’environnement politique et économique relativement favorable, pour accroître leur productivité. Quelques jours plus tard, son prédécesseur David Dodge a déclaré lors d’une session de réflexion du parti libéral : « Sans amélioration de la productivité, nous nous condamnons à un niveau de vie qui est en déclin par rapport au reste du monde ».
Dodge a également souligné que l’amélioration de la productivité est une condition « nécessaire » au financement des programmes sociaux par les gouvernements. Il aurait pu ajouter également que sans augmentation des recettes fiscales provenant de la croissance de la productivité du secteur privé et des économies de coûts par la mise en œuvre de programmes plus efficaces, les gouvernements fédéral et provinciaux n’ont aucun espoir d’éliminer les déficits.

Qu’est ce que la productivité signifie?
David Dodge poursuit :
si l’amélioration de la productivité est si importante, pourquoi la plupart des Canadiens ont de la difficulté à saisir ce que cela signifie? La productivité est généralement définie par la vitesse à laquelle les biens et services sont produits, plus spécifiquement le taux de production par unité de travail. La définition mathématique est « le ratio des intrants et des extrants ». Avec cynisme, certains dirigeants syndicaux décrivent la productivité comme un complot capitaliste pour exploiter ou licencier des travailleurs.
Les Canadiens entrent dans cette période de l’année où l’évasion vers la campagne permet d’observer les techniques modernes de réparation des routes. Des niveleuses énormes, des compacteurs et des machines de pavage ne font qu’une bouchée des kilomètres de routes à réparer.
C’est tout un contraste avec les méthodes de réparation des routes dont ma femme et moi avons été témoins lors d’un voyage au Cambodge. Des centaines de travailleurs avec des pioches et des pelles poussaient des brouettes de gravier et l’étendaient à la main sur la route d’argile.
Inutile de dire que « le ratio des intrants et des extrants » est de loin plus élevé pour les constructeurs de routes canadiens que pour les Cambodgiens.
Cet exemple clarifie aussi certaines choses : l’investissement en capital dans de l’équipement moderne signifie une beaucoup plus grande productivité des travailleurs au Canada et un équipement de qualité supérieure signifie également des conditions de travail de loin meilleures.
La haute productivité des constructeurs de routes canadiens génère ce que les économistes appellent la « plus value » qui est transférée aux gouvernements sous forme d’impôts et aux actionnaires, sous forme de bénéfices. Au Cambodge, la construction de routes se range dans la catégorie des programmes sociaux coûteux.
Le résultat final – la route – est beaucoup mieux. Elle rend tous ceux qui l’utilisent plus productifs et les contribuables qui roulent dessus plus heureux.
L’idée que la productivité est le fruit d’un complot capitaliste pour se débarrasser des travailleurs n’est pas très compatible avec ce résultat final si positif. Mais n’est-il pas vrai que des équipements modernes et une main d’œuvre mieux formée font en sorte que moins de travailleurs sont nécessaires pour accomplir la tâche? Ce serait vrai si les entreprises et l’économie ne croissaient pas. Dans une économie à faible productivité, même les travailleurs hautement qualifiés se retrouvent au chômage ou acceptent des emplois offrant des salaires moins élevés. La croissance économique menée par des entreprises à haute productivité permet de créer plus d’opportunités d’emplois bien rémunérés pour les travailleurs qualifiés. Tout cela conduit à ce que j’appelle les lois de productivité de Morgan :

a) La réussite économique d’un pays est directement proportionnelle à la productivité de ses secteurs privé et public.
b) La réussite financière d’une compagnie est directement proportionnelle à l’efficacité de ses équipements, de ses procédures et de sa main-d’œuvre.
c) Toute activité d’affaires où les coûts à l’entrée sont plus grands que la valeur à sortie réduit les valeurs détenues par les actionnaires et la compétitivité.
d) Toute activité gouvernementale où les coûts des intrants sont plus grands que la valeur à la sortie réduit la valeur de l’investissement des contribuables et réduit les ressources disponibles pour les infrastructures publiques, les programmes sociaux et les services.
Dans une société productive, le niveau de vie de chaque citoyen dépend de l’éducation et des compétences qu’il détient et de leur valeur sur le marché. Cette norme détermine en retour le niveau de vie de l’ensemble de la société.

Au 16e rang des 34 pays de l’OCDE
En 2008, le Canada se classait 16e sur les 34 pays de l’OCDE quant à la productivité au travail, douze rangs derrière les États-Unis – notre plus grand client et concurrent. Depuis, le dollar canadien a monté en flèche et est tout près de la parité avec le dollar américain, donnant ainsi un avantage concurrentiel encore plus grand aux États-Unis. Il n’est pas étonnant que M. Dodge considère l’amélioration de la productivité comme l’un des problèmes les plus pressants à tous les niveaux de gouvernement.
Compte tenu de l’importance de la productivité pour notre avenir, c’est dans l’intérêt de chaque Canadien de comprendre exactement ce que cela signifie vraiment. La meilleure définition que j’ai lue vient d’un endroit étonnant : le site internet du Congrès national des syndicats de l’Ile Maurice :
« La productivité est un processus d’amélioration continue de la production/qualité /services, à travers une utilisation efficace des intrants; en mettant l'accent sur le travail d’équipe pour le bien de tous ».
Là, nous arrivons quelque part!