Exit Halak

O! Combien de gardiens, combien de capitaines
Qui nous ont quitté pour des concessions lointaines…
O! combien de sportifs qu'on disait redoutables
Et que nous-mêmes disions alors irremplaçables
Sont partis jouer pour d'autres équipes, d'autres franchises, ont été échangés pour des espoirs qui ne se sont pas toujours matérialisés. Ils sont vite passés de héros à… plusieurs zéros sur des chèques.
Et qui sont revenus, comme Ulysse, avec un sourire forcé
le jour où leur chandail a été retiré...

Aussitôt la nouvelle lancée, j'ai dû débrancher mon téléphone tant les appels des amateurs indignés étaient véhéments. On se serait cru à une vente de feu des Expos!
Une fois de plus, le club de hockey Canadien démontre son mépris de l'amateur et des sportifs qui se sont fendus le c…oeur pour la concession.
Bien qu'il avait le CH gravé sur le cœur bien plus que certains "pure laine", depuis plus d'un an on a fait sentir à Yaroslav Halak qu'il n'était pas dans les plans du CH., en étiquetant Price comme étant le numéro un de l'équipe en dépit des succès répétés de son collègue, en dépit du manque de maturité démontré par cette vedette annoncée avant l'heure mais qui n'a toujours pas prouvé sa suprématie. Que de fois Halak se faisait retirer à sa première défaite, que de fois on se montrait plus indulgents pour Price.
Attention, je n'ai aucun doute sur le potentiel de Carey Price, ce sera probablement un grand gardien, quand il arrivera à maturité, quand il échappera aux redoutables groupies de la rue St-Laurent, quand il arrivera à se concentrer pendant les 60 minutes d'un match pour ne pas accorder un mauvais but, quand il aura autant de charisme envers ses coéquipiers afin qu'ils se dévouent pour lui sauver la mise quand il commet une erreur comme ils le faisaient toujours pour Halak. Bref, quand il saura entretenir avec eux une chimie gagnante.
Fini les dynasties! L'équipe, fragilisée depuis des années par le départ de ceux qui avaient été embauchés pour la sauver et constituer un noyau de jeunes joueurs de la future dynastie, en était arrivé à être incapable d'embaucher d'excellents agents libres qui préféraient d'autres équipes, même à conditions égales, se contentant de la fougue de ses jeunes et des sursauts de ses "has been" surpayés.
Pourquoi, en effet, paieraient-ils plus d'impôts qu'ailleurs?
Pourquoi subiraient-ils la pression d'un public qui ne veut connaître que des victoires? Pourquoi écouteraient-ils les commentateurs sportifs qui passent leur temps à décortiquer pour les lecteurs et les téléspectateurs le moindre de leurs errements?
Pourquoi faut-il relever impitoyablement telle erreur d'un entraîneur? Telle bourde impardonnable de tel joueur?
Pourquoi faut-il toujours un bouc émissaire à chaque défaite? …
Pourquoi faut-il entendre ces accusations formulées par des commentateurs surexcités derrière leurs micros, persuadés d'en savoir plus et de pouvoir faire mieux…
Et ce public insatiable capable de reprocher au Canadien sa meilleure performance car, même à sa meilleure saison, le club avait quand même subi huit défaites au cours du calendrier!!!
Ce public qui n'a pas encore compris que le Canadien n'est plus seul en lice dans la Ligue Nationale, qu'il y a quatre fois plus d'équipes qu'au début, qu'on a insisté pour la parité entre les équipes, la parité salariale, bref, la ligue veut faire du Canadien une équipe comme les autres alors que nous tenons à nous différentier exactement au même titre que le Québec qui essaie de se singulariser alors qu'Ottawa insiste pour nous ramener au rang d'une province comme les autres.
Une fois de plus, l'équipe s'engage dans le doute et la précarité. Une fois de plus, un homme à la tête de tout ça prend un pari risqué. Il joue gagnant sur toute la ligne : si la manœuvre réussit, tant mieux. Si l'équipe s'affaisse, il partira pour une retraite dorée et nous serons repartis pour vingt ans à tenter de nouvelles reconstructions.
Attendez l'automne prochain quand l'équipe alignera trois défaites de suite. Il n'en faudra pas plus pour qu'on réclame des têtes… et qu'on les obtienne.